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Esclavage Moderne

L’esclavage d’hier et d’aujourd’hui

La pasteure Nathalie Chaumet revient sur l'esclavage moderne.

La semaine dernière, le pape a dénoncé les nouvelles formes d’esclavage mettant en relief à quel point l’incertitude, la pauvreté (ici ou au loin), l’émigration se révélaient de cruels lieux d’asservissement.

En fait, malgré l’abolition de l’esclavage, malgré la Déclaration universelle des droits de l’homme, malgré le développement de nos sociétés, force nous est de reconnaître que de nouvelles formes d’esclavages, sans doute plus pernicieuses, ont vu le jour. Comme dans l’Égypte biblique de Moïse, ces asservissements modernes sont probablement fondés sur le même ressort, celui de la démesure. Là où Pharaon avait besoin de main-d’œuvre pour la construction de gigantesques tombeaux surplombant le désert et le temps, nos sociétés s’emballent dans une consommation idolâtre effrénée qui conduit à l’exploitation de populations condamnées par des salaires dérisoires à une misère sans nom.

Grandeur pyramidale, grandeur totalitaire des empires grec, romain ou hitlérien, grandeur démesurée de nos hyper/supermarchés, la démesure des uns engendre l’asservissement des autres.

Un oppresseur multiforme

Cependant une forme de perversion supplémentaire est aujourd’hui en jeu. Là où Moïse pouvait aller trouver Pharaon, aujourd’hui l’identification des oppresseurs est quasiment impossible. Car qui est le tyran ? La multinationale avec sa main-d’œuvre bon marché, les consommateurs qui, en temps de crise, se ruent sur les biens à moindre coût, les marchés financiers auxquels les entreprises restent inféodées, les investisseurs à la recherche de profits, les gouvernements par leur incapacité à empêcher une délocalisation croissante ou tous à la fois ?

Pour l’oppressé, le visage de l’oppresseur est désormais multiforme comme ce dragon à sept têtes de l’Apocalypse et restreint dramatiquement toute possibilité de lutte. Reste alors le désespoir d’une situation sans avenir. Car l’esclavage est la répétition du même, journée après journée, sans autre horizon que cette répétition incessante dans la lutte pour survivre condamnant par avance les générations à venir. Dans la Bible le peuple reste en esclavage 400 ans, preuve s’il en fallait que l’asservissement annihile toute possibilité de penser l’avenir ou simplement d’imaginer que la génération suivante puisse échapper à son emprise. Nous en voyons une illustration dramatique avec le travail des enfants qui fait perdre à la notion d’avenir jusqu’à son nom même.

La lutte compromise et l’horizon fermé conduisent alors bien des hommes et des femmes de ces pays à fuir dans une traversée désespérée de la mer Rouge. Sur ces coquilles de noix qui font malheureusement la une de notre actualité, ils espèrent gagner des terres promises. Mais comme dans le récit biblique décidément bien actuel, aucune place ne les y attend, si ce n’est celle de l’exclusion dans un autre esclavage, à nos portes cette fois-ci, qui compte chaque jour de nouveaux fantômes, issus du chômage de la solitude ou de l’émigration.

Un acte de parole

Alors n’y a-t-il pas d’espoir ? Et les prises de parole, fussent-elles du pape lui-même, ne sont-elles pas aussi vaines que le bruissement du vent ? Le livre de la Genèse nous rappelle alors que l’acte de nommer permet à Adam de s’orienter dans le monde qui lui est confié. Nommer permet ainsi de se repérer et donc de poser des choix dont la portée, même infime, peut cependant se révéler symbolique.

La semaine dernière, le président de l’Église protestante unie a écrit un texte condamnant la montée du racisme, refusant ainsi le registre de l’indifférence qui pourrait nous guetter face au sentiment d’impuissance. Souvenons-nous que là où rien n’est nommé, la lumière ne peut jaillir. Dans la Genèse, c’est de l’acte de parole que naît la lumière et que celle-ci se distingue alors de l’obscurité. La parole qui ordonne le chaos est le premier acte, nécessaire.

 

RAPPORT «WALK FREE»

L'esclavage moderne touche 30 millions de personnes dans le monde

 

Selon un rapport de l’organisation Walk Free, près de 30 millions de personnes sont réduites en esclavage dans le monde. L’Asie est le continent le plus touché par l’esclavage moderne, qui sévit essentiellement en Inde, en Chine et au Pakistan.

Travail à la chaîne en Birmanie © Michael Coghlan/Flickr/cc

Travailleurs exploités, mariées ou prostituées forcées, enfants soldats, personnes victimes d’exploitation économique… Les chaînes de l’esclavage moderne sont nombreuses et ne sont pas forcément physiques.

Afin de mesurer l’étendue de ce fléau qui continue de toucher des millions de personnes sur tous les continents, l’organisation australienne Walk Free vient de publier un nouveau rapport sur l’esclavage moderne après avoir étudié les conditions de vie dans 162 pays.

Nombre d'esclaves dans chaque pays du monde. Carte: DR Max Fisher / Washington Post

14 millions d’esclaves en Inde

Sur les 29,8 millions de personnes qui vivent dans des conditions d’esclavage, les trois quarts se trouvent sur le continent asiatique. L’Inde arrive en tête du classement établi par Walk Free, avec pas moins de 14 millions d’esclaves, soit près de la moitié du chiffre mondial.

Arrivent ensuite la Chine (2,9 millions), le Pakistan (plus de deux millions), puis le Nigeria, l’Ethiopie, la Russie, la Thaïlande, la République démocratique du Congo (RDC), la Birmanie et le Bangladesh. À eux seuls, ces dix pays comptent 22 millions de personnes en condition d’esclavage sur les 29,8 millions au total.

Esclavage héréditaire en Mauritanie

Si l’on considère les pays ayant le plus grand nombre d’esclaves par rapport à leur population, la Mauritanie, où l’esclavage héréditaire est toujours présent, occupe la première place du classement avec environ 150 000 personnes encore réduites en esclavage pour une population de seulement 3,8 millions d’habitants, alors même que le pays a tenté à trois reprises d’interdire l’esclavage.

Elle est suivie par Haïti (entre 200 000 et 220 000 esclaves), connu pour son taux élevé d’enfants esclaves, puis par le Pakistan, l’Inde, le Népal, la Moldavie (pays le plus pauvre d'Europe), le Bénin, la Côte d’Ivoire, la Gambie et le Gabon.

Pourcentage d'esclaves par rapport à la population dans chaque pays du monde. Carte: DR Max Fisher / Washington Post

Les multiples formes de l’esclavage

"En 2013, l'esclavage moderne prend de nombreuses formes", rappelle le rapport. Mais que l’on parle "de la traite des hommes, du travail forcé, ou de pratiques analogues (servitude pour dettes, mariage forcé, vente ou exploitation des enfants, y compris dans les conflits armés), toutes les victimes de l'esclavage moderne voient leur liberté bafouée et sont utilisées, contrôlées et exploitées par une autre personne pour le profit, le sexe ou la domination", indique le rapport.

En bas du classement figurent le Royaume-Uni (4 400 esclaves), l’Irlande (321) et enfin l’Islande (22). La France occupe quant à elle la 139e place du classement, avec 8 500 personnes encore réduites en esclavage dans l’Hexagone.

Tag(s) : #Esclavage Moderne

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