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Extrait du livre « Dieu et l'État » de   MIKHAÏL BAKOUNINE

Extrait du livre « Dieu et l'État » de MIKHAÏL BAKOUNINE

Le début de cet extrait parle du christianisme ...

Le christianisme est précisément la religion par excellence, parce qu'il expose et manifeste, dans sa plénitude, la nature, la propre essence de tout système religieux, qui est l'appauvrissement, l'asservissement et l'anéantissement de l'humanité au profit de la divinité.

Dieu étant tout, le monde réel et l'homme ne sont rien. Dieu étant la vérité, la justice, le bien, le beau, la puissance et la vie, l'homme est le mensonge, l'iniquité*, le mal, la laideur, l'impuissance et la mort. Dieu étant le maître, l'homme est l'esclave. Incapable de trouver par lui même la justice, la vérité et la vie éternelle, il ne peut y arriver qu'au moyen d'une révélation divine. Mais qui dit révélation dit révélateurs, messies*, prophètes*, prêtres et législateurs inspirés par Dieu même; et ceux-là; une fois reconnus comme les représentants de la divinité sur la terre, comme les saints instituteurs de l'humanité, élus par Dieu même pour la diriger dans la voie du salut, exercent nécessairement un pouvoir absolu. Tous les hommes leur doivent une obéissance passive et illimitée; car, contre la raison divine, il n'y a point de raison humaine, et contre la justice de Dieu, il n'y a point de justice terrestre qui tienne. Esclaves de Dieu, les hommes doivent l'être aussi de l'église et de l'État, en tant que ce dernier est consacré par l'église. Voilà ce que, de toutes les religions qui existent ou qui ont existé, le christianisme a mieux compris que les autres, sans excepter même la plupart des antiques religions orientales, lesquelles n'ont embrassé que des peuples distincts et privilégiés, tandis que le christianisme a la prétention d'embrasser l'humanité tout entière; et voilà ce que, de toutes les sectes chrétiennes, le catholicisme romain a seul proclamé et réalisé avec une conséquence rigoureuse. C'est pourquoi le christianisme est la religion absolue, la dernière religion, pourquoi l'Église apostolique* et romaine est la seule conséquente, la seule logique.

N'en déplaise donc aux métaphysiciens* et aux idéalistes religieux, philosophes, politiciens ou poètes, l'idée de Dieu implique l'abdication de la raison et de la justice humaines; elle est la négation la plus décisive de la liberté humaine et aboutit nécessairement à l'esclavage des hommes, tant en théorie qu'en pratique. A moins de vouloir l'esclavage et l'avilissement* des hommes, comme le veulent les jésuites*, comme le veulent les mômiers*, les piétistes* et les méthodistes* protestants*, nous ne pouvons, nous ne devons faire la moindre concession, ni au Dieu de la théologie, ni à celui de la métaphysique. Celui qui, dans cet alphabet mystique, commence par Dieu, devra fatalement finir par Dieu; celui qui veut adorer Dieu doit, sans se faire de puériles illusions, renoncer bravement à sa liberté et à son humanité.

Si Dieu est, l'homme est l'esclave; or l'homme peut, doit être libre; donc Dieu n'existe pas.

Je défie qui que ce soit de sortir de ce cercle, et maintenant, qu'on choisisse.

Est-il besoin de rappeler combien et comment les religions abêtissent et corrompent les peuples ? Elles tuent en eux la raison, le principal instrument de l'émancipation humaine, et les réduisent à l'imbécillité, condition essentielle de l'esclavage. Elles déshonorent le travail humain et en font un signe et une source de servitude. Elles tuent la notion et le sentiment de la justice humaine, faisant toujours pencher la balance du côté des coquins triomphants, objets privilégiés de la grâce divine. Elles tuent la fierté et la dignité humaines, ne protégeant que les rampants et les humbles. Elles étouffent dans le cœur des peuples tout sentiment de fraternité humaine, en le remplissant de cruauté.

Toutes les religions sont cruelles, toutes sont fondées sur le sang; car toutes reposent principalement sur l'idée de sacrifice, c'est-à-dire, sur l'immolation perpétuelle de l'humanité à l'insatiable vengeance de la divinité. Dans ce sanglant mystère, l'homme est toujours privilégié par la grâce, est le divin bourreau. Cela nous explique pourquoi les prêtres de toutes les religions, les meilleurs, les plus humains, les plus doux, ont presque toujours dans le cœur _ et, sinon dans le cœur, dans leur imagination, dans l'esprit _ quelque chose de cruel et de sanguinaire.

Tag(s) : #Extrait du livre "Dieu et l'Etat"

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